Bernard Thibault : "Quand on n'attend pas grand chose, on n'est pas déçu !"

Le secrétaire général de la CGT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Au lendemain du sommet social, Bernard Thibault a dit s'attendre à ce que Nicolas Sarkozy décide une baisse "immédiate" des charges des petites entreprises ainsi qu'une hausse de la TVA, qui, elle, ne prendrait effet qu'après la présidentielle. S'agissant de l'élection présidentielle, le leader de la CGT a indiqué que sa centrale était largement opposée à une réélection du Président de la République. Interrogé sur son degré de proximité avec Jean-Luc Mélenchon, Bernard Thibault a démenti que le candidat du Front de Gauche soit son "chouchou", même s'il a été photographié avec lui, ce qui n'a pas été le cas avec le candidat socialiste François Hollande.

Bernard Thibault sur RTL le 19 janvier 2012
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Bernard Thibault sur RTL le 19 janvier 2012
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Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT : "Quand on n'attend pas grand chose, on n'est pas déçu !" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.

Bernard Thibault :
Bonjour.

Etes-vous déçu par le résultat du sommet social qui s'est tenu, hier, à l'Elysée ?


Non, pas déçu dans la mesure où le scénario était un petit peu inscrit d'avance, il n'y a pas de déception. Quand on s'attend à pas grand chose...

... Vous étiez défaitiste au départ !...

... Avant d'aller à une réunion, on n'est pas déçu.

Mais il y aura des aides pour les chômeurs : 430 millions d'euros de débloqués. 1.000 embauches en CDD.

Non, mais enfin !

1.000 embauches pour l'emploi ; des efforts pour la formation, ce n'est pas rien  ?

Oui, oui. Ecoutez, ça veut dire que tout ça va permettre de redresser la courbe du chômage qui...

... Non ? Ca peut aider des gens ?

Bien sûr. Non mais ça peut aider des gens. Il y a un recrutement de personnels temporaires à Pôle Emploi, après que tous les syndicats ont dit que les conditions dans lesquelles Pôle Emploi exerçait sa mission alors que le chômage progressait, étaient infaisables.

Parmi ces sommes mises en avant, je remarque au passage qu'encore une fois on a des aides aux entreprises ; pour le recrutement des jeunes, j'ai demandé notamment, hier, et pas seulement dans le diagnostic que nous faisons de la situation de l'emploi, comme la Cour des Comptes le souhaitait depuis longtemps, on fasse un examen contradictoire du bienfondé des aides publiques aux entreprises au nom de l'emploi : 170 milliards d'euros. Nous n'avons toujours pas ce diagnostic. Par contre, l'annonce d'un nouveau dispositif d'aides financier aux entreprises au nom des recrutements.


On pensait que vous parleriez beaucoup les uns et les autres, le Président et vous, de la fameuse TVA Sociale : baisse des charges patronales, augmentation de la TVA. On pensait que vous en parleriez, et vous confirmez que le Président de la République n'en a pas parlé...

... Ah, on en a parlé. On en a parlé. On en a même parlé beaucoup.

Le Président de la République n'a rien dit de ses projets à ce sujet. Vous êtes d'accord ? Vous le confirmez ?

 Euh... Il n'a pas été explicite sur ses décisions ; et pour cause ! Qu'est-ce qu'il constate ? C'est une mesure qui ne passe pas. Elle ne passe pas dans l'opinion ; elle ne passe pas auprès de nombre d'élus ; elle ne passe pas devant la plus grande partie des syndicats de salariés. Donc, l'exercice pour lui a consisté, hier, à temporiser, à jouer la montre mais en même temps en confirmant une orientation.

Laquelle ?

Orientation sur laquelle nous sommes en désaccord. LA raison... Une des raisons principales qui expliquerait le taux de chômage en France, c'est le coût du travail trop élevé.

Ce que des études montreraient ?

Oui.

D'accord.

Et j'ai eu l'occasion, hier, tableau officiel à l'appui...

... A l'appui !

A l'appui de démentir cette pseudo démonstration, y compris dans les comparaisons qu'on nous fait avec l'Allemagne.

Nous sommes en France le pays européen avec les taux de productivité horaire de travail les plus élevés.
Nous avons là aussi sur la base de rapport officiel - par contre, dans le comportement des entreprises, des attitudes qui n'ont rien à voir avec le comportement des entreprises allemandes. Par exemple, en matière de Recherche et de Développement, d'Entretien de Développement de l'appareil industriel, l'Allemagne consacre 2,6% de son PIB, de sa richesse nationale, à la Recherche et au Développement. En France, nous sommes à 2% avec des aides publiques aux entreprises.

Donc, d'autres facteurs explicatifs, selon vous, que le coût du travail. Cependant, à la fin du mois puisqu'il va intervenir à la télévision, le chef de l'Etat va sans doute là dévoiler complètement son projet : baisse des charges patronales et augmentation de la TVA. Donc, il va le faire ? C'est probable ?

Je crains qu'il le fasse. Je crains qu'il le fasse...

Et là, qu'est-ce que vous ferez vous ?

Pour l'instant, il en est à essayer de définir la méthode, selon lui, qui sera la plus appropriée pour faire passer la pilule ; et moi, je...

... Qu'est-ce que vous ferez à ce moment-là, s'il dit : "Voilà, on va faire la TVA sociale".

Moi je l'ai dit : on continuera à se mobiliser contre. C'est une mesure antisociale, à la fois parce que l'analyse de départ est faussée. Il n'est pas vrai que la situation de l'Emploi s'explique d'abord et avant tout par un coût du travail trop élevé dans notre pays. Nous récusons ce diagnostic. C'est quand même important de le dire...

... Vous vous opposerez...

Le point de départ est faux ; et en plus, pour une mesure qui va à la fois porter préjudice aux règles de financement de la Sécurité sociale et atteindre le Pouvoir d'Achat des Ménages. Alors, ce que j'en déduis moi de ce que j'ai entendu, hier, c'est que le chef de l'Etat puisqu'il va falloir manifestement attendre que la fumée blanche sorte de l'Elysée dans les prochains jours, et peut-être au travers de son discours aux Français...

... Fin du mois de janvier. Oui.

Moi  je m'attends à ce qu'il décrète une mesure immédiate en faveur des entreprises : diminution des cotisations.

Oui.

Et puis s'agissant de la TVA, la décision d'une augmentation de la TVA mais peut-être dont l'application sera reportée le mois X de l'année 2012, à savoir peut-être après, pour que les aspects négatifs de cette réforme n'apparaissent qu'après les élections présidentielles puisqu'il ne vous a pas échappé que dans le paysage, il y avait aussi un rendez-vous électoral.

Alors, justement, s'il annonce la TVA sociale, est-ce que vous interviendrez, vous Bernard Thibault, la CGT, dans la campagne électorale en donnant, par exemple, une consigne de vote si ce projet est annoncé par Nicolas Sarkozy ?   

Eh bien écoutez, hier, le Président de la République nous dit : ce n'est pas parce qu'il y a des élections présidentielles qu'il faut tout arrêter, y compris l'action politique évidemment...

... Ce n'est pas ma question !...

... C'est vrai aussi pour le fait syndical.

Alors ?

Nous sommes confrontés, vous avez vu hier encore que l'actualité sur les restructurations ou des plans de suppression d'emplois, singulièrement dans l'industrie, se poursuivaient. Nous avons aujourd'hui des usines qui sont occupées par des salariés pour essayer de défendre l'outil industriel...

Ca n'est pas ma question !

Election présidentielle ou pas ; et nous avons l'intention, nous avons commencé à le faire, nous avons bien l'intention en tant que syndicat de donner notre point de vue dans le débat public sur le diagnostic de la situation et le bilan présidentiel.

Votre point de vue peut-il aller jusqu'à une consigne de vote ; si Nicolas Sarkozy dit : "Je fais la TVA sociale", est-ce que vous direz : "Il faut voter contre Nicolas Sarkozy ?"


Non mais là-dessus, je me suis déjà exprimé

Eh bien, faites-le encore ce matin, une dernière fois !

Ca vous ferait plaisir.

Oui.

Eh bien, je peux vous faire plaisir, monsieur Aphatie.

Non, si vous vous êtes déjà exprimé en disant, vous ne donnerez pas de consigne de vote, c'est ça que je veux dire ?

Non, je veux dire par là que s'agissant du diagnostic concernant le mandat du Président de la république ; dans les rangs de la CGT, les choses sont claires. Il y a une grande majorité qui ne souhaite pas la reconduction du Président de la République.

Vous faites partie de cette majorité, Bernard Thibault ?

Oui. Oui.

Vous ne souhaitez pas la reconduction de Nicolas Sarkozy ?

Oui. Oui. J'ai aucun problème à vous le dire !

Eh bien, c'est bien que vous le dites.

Et en même temps, en tant que syndicat qui réunit des adhérents, voire qui influence des sympathisants divers, nous avons conscience d'avoir plusieurs  sensibilités politiques dans nos rangs.

Bien sûr.

Autre chose est : d'être dans une posture qui appellerait à soutenir tel ou tel candidat ; ce qui ne nous empêche pas en ce moment  -vous l'avez remarqué-  de dialoguer avec ceux qui souhaitent rencontrer la CGT...

... Oh ! Vous dialoguez...

... Pour affiner leur programme, leurs projets et  leurs propositions devant les Français.

Absolument. Vous avez rencontré François Hollande, par exemple, alors ça a été plutôt discret ; mais on sait que vous l'avez rencontré. Vous avez rencontré, mardi, Jean Luc Mélenchon ; mais là, vous avez fait une photo avec lui. Et du coup, dans la presse, il y avait dans la presse des papiers, hier : à votre chouchou, à vous Bernard Thibault, c'est Jean-Luc Mélenchon.

Non, mais moi je n'ai pas de chouchou. En même temps, c'est ceux...

Mais vous avez posé avec lui en photo, vous avez très sympa avec lui, euh...

C'est ceux qui invitent au dialogue qui organisent...

... Non. Vous avez fait une photo avec lui. Vous avez fait un peu plus qu'avec les autres.

Ah oui, mais si François Hollande avait voulu faire une photo, il n'y avait aucun problème pour moi.

Oui, mais il n'y en a pas eue.

Ah oui, mais ça, ce  n'est pas de mon fait !

Vous avez été au QG de Mélenchon, photo avec lui. On se dit : tiens ! c'est votre chouchou.

Oui, enfin en même temps, les photos ça va, ça vient, ça ressort.

C'est votre chouchou ou pas ?

Mais non ce n'est pas mon chouchou ! Je n'ai pas, en tant que secrétaire général de la CGT, je n'ai pas de chouchou ; et en même temps en tant que citoyen, comme les autres j'aurai une expression à livrer à l'occasion des élections présidentielles.

Et Jean-Luc Mélenchon, au passage, a qualifié, hier, Marine Le Pen, hier soir, de "semi-démente". Un commentaire ?

Oui ! Non, attendez, moi je ne vais pas porter appréciation sur les expressions des différents responsables politiques. On est dans la période où chaque responsable s'efforce par des mots plus ou moins bien dosés de marquer le paysage médiatique dans cette campagne, c'est normal.

L'info du jour : l'augmentation prévisible, probable de l'électricité, de 30% d'ici 2016. Comme on nous a dits que grâce à notre parc nucléaire et que vous soutenez, Bernard Thibault, formidable et unique au monde, on avait la chance de ne pas avoir de l'électricité chère ; alors là, c'est un peu fini tout ça ! 30% de plus d'augmentation de l'électricité ?

C'est surtout après qu'on nous a expliqué que la mise en concurrence des fournisseurs et distributeurs d'électricité, allait comme en d'autres domaines profiter aux consommateurs.

Là, ce n'est pas ça. C'est le réseau, c'est la rénovation du parc nucléaire : 30% de plus d'électricité, on ne va pas y couper, c'est ça ?

Ah ça, je ne sais pas. Les questions relatives au pouvoir d'achat marquent aussi cette situation.

J'ai dit, hier, au Président de la République qu'on ne nous convaincra pas de coûter trop cher aux entreprises dans un pays où un salarié sur deux ne gagne pas 1.500 euros par mois. Donc cette culpabilisation sur le coût du travail, voire la mise en place de cette mesure très inégalitaire que représenterait une hausse de la TVA portera préjudice, d'autant plus si des prix aussi essentiels que l'énergie, le logement, le transport, le coût du carburant continuent de progresser dans les proportions que l'on constate en ce moment.

Bernard Thibault, qui ne souhaite pas la réélection de Nicolas Sarkozy. Je ne sais pas si c'est une info ; mais ça pourrait bien faire parler !

2012 et vous

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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Le secrétaire général de la CGT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Au lendemain du sommet social, Bernard Thibault a dit s'attendre à ce que Nicolas Sarkozy décide une baisse "immédiate" des charges des petites entreprises ainsi qu'une hausse de la TVA, qui, elle, ne prendrait effet qu'après la présidentielle. S'agissant de l'élection présidentielle, le leader de la CGT a indiqué que sa centrale était largement opposée à une réélection du Président de la République. Interrogé sur son degré de proximité avec Jean-Luc Mélenchon, Bernard Thibault a démenti que le candidat du Front de Gauche soit son "chouchou", même s'il a été photographié avec lui, ce qui n'a pas été le cas avec le candidat socialiste François Hollande.
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2012-01-19 09:10:00
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