Bernard Kouchner sur RTL : "Oui, j'ai pensé à démissionner face à la polémique sur les Roms..."

Le ministre des Affaires étrangères répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi. Bernard Kouchner a confessé qu'il "avait pensé à la démission" face à la "polémique" dans l'affaire de l'expulsion des Roms, mais qu'il avait estimé que "s'en aller, c'est déserter". Ce qui l'a retenu de le faire, a-t-il confié, "c'est l'efficacité : il faut absolument s'en occuper beaucoup plus". "C'est important de continuer. S'en aller c'est déserter, c'est accepter", a-t-il dit.

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Le ministre des Affaires étrangères répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Kouchner.

Bernard Kouchner : Ca va, docteur ?

Oui, ça va très bien, docteur...

Non, parce qu'attendez, pardonnez-moi ! Mais je n'ai ni migraine, ni céphalée, et je ne suis pas spécialement déprimé !

Vous dirigez, sous l'autorité du Président de la République depuis trois ans, la diplomatie française. Le 7 juillet dernier, deux illustres de vos prédécesseurs, Alain Juppé et Hubert Védrine, ont écrit ceci dans le journal "Le Monde" : "Nous sommes inquiets des conséquences pour la France d'un affaiblissement sans précédent de ses réseaux diplomatiques et culturels". Etes-vous le ministre, Bernard Kouchner, du déclin diplomatique français ?

Je suis le ministre. Ils l'étaient dans une période bénie qui s'appelle  la cohabitation, l'un et l'autre, ce qui les rapproche ; et en effet, c'est plus facile dans la cohabitation de proposer, ministre des Affaires étrangères, des solutions aux multiples problèmes. Mais depuis bien longtemps, vingt-cinq ans, l'un et l'autre que je n'attaque pas, je n'ai pas cherché à répondre violemment à ces collègues ; depuis vingt-cinq ans, en effet, le ministère des Affaires étrangères consent à des sacrifices plus que tout autre. Il est plus que tout autre fidèle et il réduit ses moyens, on lui impose souvent, ce que nous poursuivons. Mais cette année justement, pardonnez-moi...

... Tout le monde tire la sonnette d'alarme !

Oui, c'est curieux ce complot, n'est-ce-pas ?!

... Les ambassadeurs, les anciens secrétaires généraux, les anciens ministres des Affaires étrangères...

Oui, c'est curieux... Sous eux aussi !

Tous disent la même chose.

Oui. Eh bien, ils se trompent.

Tous ?

J'ai produit les chiffres à la conférence des ambassadeurs. Je pense que ça s'est très bien passé. C'est-à-dire que j'ai trouvé de l'argent, en particulier sur la réforme culturelle, l'action extérieure de l'Etat, pour la sécurité des ambassades, pour bien d'autres sujets qui sont tout à fait nécessaires mais je participe parce que tous les ministères y font sous la direction de la RGPP - Révision Générale des Politiques Publiques - ça ne m'amuse pas, aux baisses nécessaires quand il faut un budget en équilibre, quand les déficits doivent être comblés, eh bien chacun se sacrifie, le ministère des Affaires étrangères moins que tout autre.

On a demandé à tout le monde de remplacer un départ  à la retraite sur deux. Moi, je n'en aurai à remplacer que même pas un sur cinq. C'est exceptionnellement bon pour ce ministère. Je pardonne à mes collègues, mais je crois que l'intention de nuire, en général, et pas à moi  bien entendu, vous savez comme la politique est amène, eh bien non vraiment je refuse cela.  Nous sortons de quatre jours avec les ambassadeurs et je crois qu'ils ont compris, approuvé ma démarche, et surtout c'est ce que je voulais et c'est d'avant hier : approuver la réforme culturelle qui fera que les moyens de la France à l'extérieur, cette représentation nécessaire soit assurée.

L'image de la France à l'étranger souffre-t-elle de l'expulsion des Roms opérée par le gouvernement cet été ?

Si l'image de la France est la presse étrangère, sans aucun doute elle souffre. Mais c'est pour ça qu'il faut l'expliquer, c'est pour ça que j'ai expliqué aux ambassadeurs ce que je pensais de ce rapport de Genève que vous savez qui est celui du comité pour l'élimination de la discrimination raciale et qui était tellement excessif et reproduit simplement  dans ce qu'il avait de négatif et pas dans ce qu'il avait de positif pour lutter contre les discriminations. Si vous contemplez, comment dirais-je ?, la provenance des experts qui se sont prononcés, la France n'a vraiment pas à rougir, la France au contraire est le premier pays d'asile européen, le deuxième au Monde, nous sommes passés devant les Canadiens, c'est-à-dire : premiers, les Etats Unis ; deuxième, la France. Ce n'est pas parfait. Je ne suis pas content de ce qui s'est passé.

De quoi ?

Les Roms, je m'en occupe depuis vingt-cinq ans.

De quoi n'êtes-vous pas content, Bernard Kouchner ?

Je ne suis pas content de cette polémique, de cette espèce mayonnaise verbale...

De la polémique ! D'accord.

La polémique.

Et de la politique, vous en êtes content ?

La politique, je pense qu'elle est nécessaire.

Quelle politique ? Vous parlez des Roms, ou vous parlez en général ?

Des Roms ?

Des Roms.

Eh bien monsieur, je pense que d'abord, il est nécessaire de faire respecter la Loi. Ca ne m'amuse pas non plus, ça me sert le cœur, je m'en occupe depuis vingt-cinq ans. C'est comme ça. La différence, c'est qu'il y a vingt-cinq ans, la Roumanie et la Bulgarie et d'autres pays n'étaient pas dans l'Union européenne. Et même le Mur de Berlin n'était pas tombé. Maintenant, l'Europe existe. Chacun est responsable de l'intégration de ses populations ; et vraiment, ça me fend le cœur de voir, pas seulement les Roms, mais beaucoup d'autres, mais les Roms en particulier, être malmenés, être exploités, des enfants qui sont drogués pour paraître malades et apitoyer les populations. Il y a une vraie, comment dirais-je ?, une oppression, et même une esclavagisation de ces populations. Ca, ça  ne m'amuse pas du tout. Comment faire pour y remédier ? En démissionnant ? J'y ai pensé. Ca aurait fait le malin !...

Vous avez pensé à la démission à propos des Roms, Bernard Kouchner ?

Oui, monsieur. Je viens de vous le dire ; donc je continue. Oui, oui, oui, oui. Mais pourquoi faire ?

Ca dit tout de même votre malaise, alors !

Oui, mais mon malaise s'est heurté à la réalité. Nous sommes depuis quatre ans, enfin trois ans et demi vous l'avez dit, et en particulier nous avons été les premiers sous présidence française de l'Union européenne, à demander une réunion sur les Roms à Bruxelles. Ca n'a pas intéressé grand monde... Ca a intéressé... Et puis une autre à Madrid que Pierre Lellouch a assurée... Pierre Lellouch est mon secrétaire d'Etat, il s'occupe de cette affaire. Il arrive déjà de deux voyages en Roumanie, j'en avais fait deux, il y retourne, j'y retourne aussi. Nous voulons qu'avec l'argent de l'Europe, presque 20 milliards et encore... On peut compter plus large ! Dont 1% a été dépensé. 20 milliards pour l'intégration, 1% dépensé. Nous voudrions que les Roms chez eux ne soient pas sujets, disons, aux mauvaises intentions. Vous savez...

C'est la première fois, si je peux me permettre, depuis que vous êtes ministre des Affaires étrangères, que vous confessez  avoir songé à démissionner !

Profondément oui. Oui. Ouais. Enfin ça dépend... Il y a eu d'autres...

Qu'est-ce qui vous a retenu de le faire ?

L'efficacité. Il faut absolument... Qu'est-ce que ça aurait fait pour les Roms ? Il faut absolument s'en occuper beaucoup plus... Encore une fois, j'ai commencé il y a vingt-cinq ans, c'est très difficile. Tout le monde le sait.

Vous en avez parlé avec Nicolas Sarkozy de vos états d'âme ?

Oui, mais je voudrais d'abord finir. Bien sûr, j'en ai parlé. Bien sûr, j'en ai parlé. Si on n'en parle pas avec le Président, on en parle avec qui ?

Et il vous a convaincu de rester à votre poste ?
(Long silence) ...Je voudrais finir ma phrase !

Finissez-la !

OK. Merci. Donc, c'est très important de continuer. S'en aller, c'est déserter. S'en aller, c'est accepter. Alors, d'abord, ces gens sont partis de façon volontaire.

Deuxièmement, ou premièrement il aurait fallu dire. Lorsque des Roms occupent un terrain illégalement, qu'il y a eu des décisions de justice, à un moment donné il faut les faire appliquer. Il faut les faire appliquer. Si les Roms sont dans un espace, vous savez qu'il y a eu une loi Besson excellente qui fait qu'il y a des aires qui sont adaptées ; et là, si les Roms se mettent là, personne ne les expulse ; mais dans les endroits qui appartiennent à une municipalité, il faut faire quelque chose. Là nous leur avons proposé de partir, ils l'ont fait volontairement après des décisions de justice ; et qu'est-ce qui s'est passé ? Là-bas, il y a aussi des projets de la France, financés par la France et par  l'Europe qu'il faut absolument mettre en œuvre, c'est ça qui les protègera ou alors quoi ? On va les laisser partir... Je vais vous donner un exemple...

Non, on n'aura pas le temps.

... Parce que sur la médecine, j'en connais un rayon. Je vais vous donner un exemple.

Et je voulais vous poser encore une question ?

Non.

Une question ?

Les Roms lorsqu'ils font la queue à l'hôpital en Roumanie, très souvent on ne les accepte pas. Chez nous, illégaux ou pas, nous les traitons et nous les scolarisons.
   
Vous êtes sur le départ, Bernard Kouchner, quand on ?...

Non, je suis sur le départ de votre studio, mais c'est tout "mon vieux", ne vous faites pas d'illusion ! Je n'ai pas de migraine !

Quand on confie que la démission est dans la tête, au prochain remaniement...

Non. Je dis que j'ai proposé...

Bernard Kouchner ne sera plus là ?

(Rires) Allez, on parie ?

On parie.

Non, vous allez perdre, je ne vais pas vous faire ça !

Allez !

Vincent Parizot : Je veux bien prendre les paris, moi si vous voulez !

Oui, alors c'est ça ! Si vous m'invitez dans cinq ans, je ne serais plus là ! Non, écoutez...

Bernard Kouchner invité de RTL, ce matin.

Monsieur Aphatie  !

Oui.

Je vais bien. Ne lisez pas les journaux ! Les complots ? C'est vrai que ça fait exactement... Vous avez vu ma place dans les sondages ? Ce n'est pas pour m'en vanter... Vous avez vu... Ca fait exactement trois ans et demi qu'on dit que je pars tous les jours.

Allez, terminé.   


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Bernard Kouchner sur RTL : "Oui, j'ai pensé à démissionner face à la polémique sur les Roms..."
Bernard Kouchner sur RTL : "Oui, j'ai pensé à démissionner face à la polémique sur les Roms..."
Le ministre des Affaires étrangères répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi. Bernard Kouchner a confessé qu'il "avait pensé à la démission" face à la "polémique" dans l'affaire de l'expulsion des Roms, mais qu'il avait estimé que "s'en aller, c'est déserter". Ce qui l'a retenu de le faire, a-t-il confié, "c'est l'efficacité : il faut absolument s'en occuper beaucoup plus". "C'est important de continuer. S'en aller c'est déserter, c'est accepter", a-t-il dit.
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2010-08-30 14:55:00