Bernard Kouchner : "Il faudra du temps pour connaître la vérité sur la mort de Michel Germaneau"

Au lendemain de la confirmation de l'exécution de Michel Germaneau, Bernard Kouchner était l'invité de RTL mardi matin. Le ministre des Affaires étrangères, en déplacement au Sahel, répondait aux questions de Philippe Corbé. Il affirme n'avoir aucune certitude sur les conditions du décès de l'humanitaire : "peut-être a-t-il été exécuté, très loin de la zone du raid mené jeudi dernier par la France et la Mauritanie". Il a appelé tous les ressortissants français sur place à faire preuve de prudence.

Bonjour, Bernard Kouchner.

Bonjour.

Dès que la mort de Michel Germaneau a été confirmée, le président vous a demandé de vous rendre en Mauritanie, au Mali et au Niger. D'abord, avez-vous davantage de précisions sur l'issue tragique ? Savez-vous, par exemple, quand est mort Michel Germaneau ?

Je ne le sais pas. Je ne le sais pas. Etait-il mort avant cette opération ? Est-il mort après ? Je n'en sais rien. Et ici, malgré la connaissance qu'ils ont, bien sûr - je parle des mauritaniens et les français aussi - connaissance qu'ils ont du terrain et des déplacements d'Al Qaïda, personne ne le sait. Semble-t-il - semble-t-il - Michel Germaneau serait mort très loin, très loin de cette frontière, exécuté à une date que nous ne connaissons pas.

On ne peut pas exclure l'hypothèse où il serait mort, peut-être, du manque de médicaments et que les combattants aient voulu maquillé sa mort ?

On ne peut pas l'exclure. Vraiment, je crois qu'il faudra du temps pour le savoir, pour connaître la vérité. En effet, ces gens - je parle d'Al Qaïda au Maghreb - n'ont pas accepté des médicaments que nous faisions parvenir pour Michel Germaneau. Ils n'ont pas accepté, non plus, que cet homme représente la bonté même, que ce soit un volontaire, si j'ose dire obscur. Il est maintenant, malgré sa mort, en pleine lumière. Mais il faisait, comme l'a dit le président de la république, du bien. Quand on est un islamiste terroriste, on ne peut pas accepter le bien.

Vous avez rencontré des ressortissants français qui sont installés dans le Sahel. Souhaitez-vous que certains d'entre eux reviennent en France, pour éviter de nouvelles prises d'otages ?

Pas du tout ! J'ai rencontré des gens, des compatriotes. Il y a 2.000 français, environ, en Mauritanie. Et des gens qui sont là, qui ne sont pas partis en vacances. Ils savaient tout ça. Je leur ai demandé de prendre des précautions les plus élémentaires qu'ils prenaient déjà.

C'est-à-dire, quelles mesures de sécurité supplémentaires ?

Quand on se déplace dans des zones dangereuses, il faut prendre quelques précautions, c'est tout. Mais ils le savaient très bien. Je n'ai pas brandi ni menaces, ni une espèce de tension qui n'existe pas. Certains, ici, ont choisi ce pays pour y séjourner, pour y finir leurs vieux jours. Et ils resteront.

Pourtant, les capitales, même si elles sont éloignées des zones désertiques, sont parfois dangereuses pour les ressortissants français. On sait que, l'année dernière, l'ambassade de France, à Nouakchott, avait été la cible d'un attentat ?

Oui, mais la Mauritanie renforce ses défenses. Elle est même capable d'attaques, vous l'avez vu. Elle est capable de prévention. Et je crois que c'est un exemple que la Mauritanie donnera à tous les pays du Sahel. Moi, je suis très confiant, voyez-vous, parce que ce terrorisme allégué comme "islamiste" ne triomphera pas, ce n'est pas possible.

Souhaitez-vous qu'il y ait davantage de coopération, justement d'échanges de renseignements entre la Mauritanie, le Mali, le Niger et la France ?

Certainement ! Mais il n'y a pas seulement des renseignements à échanger. Il y a du développement à échanger, il y a un partenariat, il y a des projets formidables qui sont ici mis sur pied. Toute la bande sahélienne est faite de difficultés, pour le moment, mais pas seulement de difficultés. Il y a le trafic de drogue, il y a le trafic des armes, il y a ce terrorisme. Mais il n'y a pas que ça ! Il y a un avenir pour ces jeunes gens, ici, dans le développement. Et c'est cela que nous ne devons pas abandonner.

Alors, en France, une partie de l'opposition s'interroge sur des "zones d'ombre" et, notamment, sur le raid mené, la semaine dernière, avec les mauritaniens, justement, au nord du Mali. Par exemple, Martine Aubry demande que les conditions de la détention et de l'exécution de Michel Germaneau soient éclaircies.

Je souhaiterais qu'elle ait raison et qu'on puisse l'éclaircir ! Je l'espère, mais pas tout de suite. En tout cas, ici, on ne peut pas l'éclaircir parce que nous n'avons pas trouvé Michel Germaneau, comme vous le savez. C'était notre dernier espoir. Ici, tout le monde pense - personne ne dit le contraire - que, malheureusement, ou il avait déjà été exécuté ou, de toute façon, il aurait été exécuté. Que l'absence de contact absolu avec les ravisseurs était une preuve supplémentaire, avec pas d'accès aux médicaments, avec, encore une fois, une cécité, un aveuglement, l'absence d'écoute totale. Voilà !

Pouvez-vous nous confirmer qu'une des premières revendications de ce groupe - Al Qaïda au Maghreb Islamique - était de faire libérer des terroristes condamnés et emprisonnés à vie en France ?

Je ne sais pas. Ils avaient demandé la libération de prisonniers qu'il était impossible de leur consentir, mais pas seulement en France.

Notamment, Rachid Ramda qui avait été condamné à perpétuité pour les attentats de 95 ?

Non, non ! En tout cas, vous voyez bien qu'en prononçant ce mot, vous dites, vous-même, l'impossibilité d'accepter tout cela. Et ici, c'est l'impression générale : rien n'était acceptable dans ce qu'ils auraient demandé.

Al Qaïda au Maghreb Islamique promet "les portes de l'enfer pour la France et les français". Y a-t-il une menace accrue d'actions terroristes en France ?

Nous avons été la cible de menaces, déjà. Nous avons été la cible d'attentats. Je ne pense pas qu'on ait la moindre évidence d'un danger accru. Mais c'est pour cela aussi que je parle aux français, que je les écoute et que, de Nouakchott à Niamey, nous allons continuer.

Vous avez été vous-même un humanitaire. Peut-on empêcher, demander à des humanitaires comme Michel Germaneau, de ne pas se rendre dans une région où ils viennent en aide à des populations ?

On doit leur demander. En tout cas, on doit les prévenir de prendre toutes les précautions. C'est ce que nous faisons.

Ils ont le droit de refuser ?

Est-ce que c'est le droit, Monsieur, dans cette affaire ? Voyons ! Les humanitaires prennent des risques, les journalistes aussi. Il faut que ces risques soient éclairés, même dans ces deux professions. Absolument éclairés parce que, parfois, on peut remettre un voyage. Parfois, on peut décaler de quelques heures ou de quelques jours. Et il faut qu'ils en soient conscients. Ici, la communauté française a tout a fait accepté : c'est pour cela que nous le faisons.

Donc, vous ne demandez pas aux organisations humanitaires d'annuler tout leur programme d'aide dans les pays du Sahel ?

Je sais qu'il faut que les risques soient éclairés, que les programmes humanitaires - on sache de quoi il s'agit : qui fait quoi ? Peut-être, de temps en temps, ça peut protéger. Mais personne ne demande d'abandonner le soutien aux populations. Personne, personne.

Bernard Kouchner, merci d'avoir été en ligne depuis le Sahel. Et merci à Béatrice Hadjaje qui est avec vous et qui vous suit à Nouakchott, Niamey et Bamako.

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par Philippe CorbéJournaliste RTL
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2010-07-27 19:38:00