Austérité : le gouvernement se prépare à entrer en zone de turbulences

Le rapport de la Cour des comptes rendu lundi ouvrira sans doute une nouvelle séquence politique pour le gouvernement Ayrault. Censé faire le point sur l'état des finances publiques après la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le document constituera une base de travail pour le Premier ministre, qui prononcera son discours de politique générale mardi et annoncera le détail de son premier plan d'austérité le lendemain. Les échéances électorales sont en effet passées et il est temps pour le nouvel exécutif d'annoncer la manière avec laquelle il compte revenir à l'équilibre des finances publiques d'ici cinq ans.

Après l'aveu de Jérôme Cahuzac mardi soir, il ne faut pas que l'opposition "essaie de salir le président de la République et le Premier ministre", a prévenu la ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filippetti.
Crédit : AFP / P.Rossignol
Après l'aveu de Jérôme Cahuzac mardi soir, il ne faut pas que l'opposition "essaie de salir le président de la République et le Premier ministre", a prévenu la ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filippetti.

Un contexte tendu, sans surprise

Pour affiner sa politique budgétaire et fiscale, Jean-Marc Ayrault comptait sur un audit des finances publiques demandé à la Cour des comptes. Il lui sera officiellement remis lundi à 8h par le Premier président de la Cour, Didier Migaud. Ce document tirera un trait sur la gestion du gouvernement Fillon et permettra vraisemblablement à la nouvelle équipe d'invoquer l'héritage de la précédente. Toute à son affaire dans ce genre d'exercices, la Cour aura certainement levé quelques lièvres budgétaires.
  
Le ministre du Budget Jérôme Cahuzac a déjà évoqué les 150 millions d'euros du dixième mois de bourses promis par la précédente majorité aux étudiants et, selon lui, "non financés". Mais la Cour n'entend pas en rester là. Didier Migaud a promis d'adresser à l'exécutif un "message clair, impartial sur les enjeux du redressement des finances publiques", autrement dit un avertissement.
  
L'équation budgétaire reste, il est vrai, tendue avec une croissance nulle au premier trimestre, confirmée vendredi par l'Insee qui ne prévoit que 0,4% de croissance sur l'année, soit 0,1 point de moins que le gouvernement.

Avec le document de la Cour des comptes sous le bras, Jean-Marc Ayrault prononcera mardi son très solennel discours de politique générale devant l'Assemblée nationale. Il aura alors rendu les ultimes arbitrages attendus sur le "collectif budgétaires" qui viendra infléchir le budget 2012.
  
Le catalogue des mesures, surtout fiscales mais d'économie aussi, sera officiellement adopté mercredi en Conseil des ministres. Il promet d'être long comme le bras. "Ça me rappelle le tournant de la rigueur de 1983", sauf que cette fois "il arrive immédiatement après les élections", a grincé Gilles Carrez, président UMP de la commission des Finances à l'Assemblée.

Les administrations déjà mises à la diète

Même s'il récuse l'expression "plan de rigueur", Jean-Marc Ayrault admet en effet demander aux Français, à "tout le monde", des "efforts". Au-delà de ce débat sémantique qui agitait déjà le gouvernement Fillon, les chiffres avancés pour la première fois jeudi soir par ses services annoncent des économies drastiques.

La création de 65.000 postes dans les ministères exerçant des missions jugées "prioritaires" - enseignement, police, gendarmerie et justice - sera strictement compensée par tous les autres qui devront réduire leurs effectifs de 2,5% par an au cours des années 2013 à 2015.
  
Ministre du Travail, Michel Sapin assure toutefois qu'il ne s'agit pas d'une "saignée", faisant valoir que les effectifs de la fonction publique seront maintenus "alors qu'ils diminuaient très fortement dans les années précédentes". Mais il aura bien du mal à convaincre les syndicats. On veut "déshabiller Pierre pour habiller Paul, mais c'est impossible parce que les deux sont déjà en slip!", a protesté Force Ouvrière.

Des coupes claires sont annoncées aussi dans les dépenses de fonctionnement des ministères : -7% en 2013 et -4% en 2014 comme en 2015.

Plus encore, a prévenu Matignon, "un effort de même ampleur" sera appliqué aux dépenses d'intervention". D'un montant de près de 57 milliards, celles-ci se décomposent en deux blocs. Le premier, de 38 milliards, recouvre les dépenses dites "de guichets" comme le Revenu de solidarité active (RSA) ou l'Allocation pour adulte handicapé (AAH). "Il y a très peu de marge" de manœuvre sur ses dépenses, reconnaît Matignon.  

Le second, de 19 milliards et qui comprend des aides ou des subventions discrétionnaires comme les emplois aidés ou les subventions ferroviaires, pourrait être plus facilement "piloté", assurent cependant les services du Premier ministre.

Vous aimerez aussi
Commentaires Avec Bell & Ross

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous